Émotions : les moteurs de l’addiction ? 

Tabac, alcool, écrans, nourriture, jeux, achats… céder à une compulsion ne signifie pas, comme on l’entend trop souvent, manquer de volonté ! Ces comportements irrépressibles trahissent généralement un état de tension interne, une émotion forte difficile à exprimer ou à digérer pour qui n’a pas appris à le faire. La conduite addictive est un mode de régulation de l’émotivité, le moyen de libérer les peurs, l’anxiété, la tristesse… Cette stratégie inconsciente est en quelque sorte un disjoncteur : elle apporte un semblant de contrôle, un apaisement immédiat, mais temporaire. Toutefois, le cercle vicieux de l’addiction n’est ni une fatalité ni une condamnation à vie. Mais alors, quel est ce lien méconnu entre addiction et émotion, première étape vers le retour à la paix intérieure ?  

Addictions : le rôle phare des émotions

Une émotion ce n’est pas “juste” un émoi, c’est un processus psycho-corporel qui se déclenche face à des stimuli précis. Cet état intérieur véhicule un message : un de vos besoins est comblé, ou demande à l’être. Le cerveau envoie immédiatement l’information au reste de l’organisme via les hormones afin qu’il se mette en action. 

C’est ainsi que la peur, par exemple, alerte sur un besoin de sécurité qui va s’exprimer par la fuite ou le combat. Les hormones commandent un afflux d’énergie dans les muscles et une mobilisation du système cardiaque : le corps et le mental sont prêts à faire face à ce qui est perçu comme un danger. 

Depuis que le monde est monde, six émotions aident l’homme à survivre : la joie, la surprise, la peur, la colère, le dégoût et la tristesse. Celles-ci sont appelées émotions de base, mais nous naviguons avec une bonne centaine de nuances.   

Il n’y a pas d’émotions négatives, car chacune est essentielle, mais pour certaines d’entre elles, on peut parler d’émotions intenses. 

C’est le cas notamment pour le stress, l’angoisse, la peur, la colère, la tristesse, l’ennui, l’épuisement, l’excitation… La tension intérieure est telle que l’émotion, si elle n’est pas accueillie, va pousser à trouver une échappatoire rapide pour procurer un apaisement. 

Le comportement addictif vient combler cette recherche. Il apporte un réconfort avant même toute notion de plaisir. Plus la personne évite ses émotions, plus l’addiction devient un refuge… et plus l’émotion grandit.

Cette dynamique crée un renforcement négatif qui entretient l’addiction, car le soulagement n’est que momentané. 

Le cycle infernal émotion-dépendance

L’addiction n’est pas un manque de contrôle, mais une stratégie inadaptée

Comprendre ce mécanisme permet déjà de conscientiser que le besoin est de réduire l’inconfort émotionnel

Fumer une cigarette, manger, boire un verre, jouer ou scroller sans fin est une forme de solution immédiate. La pression baisse, le système nerveux se calme et l’émotion aussi, du moins en apparence. Le cerveau enregistre ce cheminement comme étant efficace. 

Cependant, céder à la tentation fait très vite naître des sentiments contradictoires et des pensées envahissantes : honte, culpabilité, reproches, dévalorisation… 

L’engrenage se met en place : cette image négative de soi engendre de nouvelles émotions difficiles à gérer, la tension remonte, gagne en intensité… et la boucle recommence. 

Le piège de l’addiction, véritable soupape mais pseudo refuge, se referme. 

Il est alors primordial d’identifier l’émotion non régulée pour mettre un terme à ce schéma destructeur. 

Reconnaître une addiction

Le processus de l’addiction se découpe en 3 phases : la recherche de plaisir, l’état émotionnel difficile et la perte de contrôle avec des signes d’accoutumance et/ou de manque. Elle a des conséquences délétères sur la qualité de vie ainsi que sur les sphères familiale, relationnelle et professionnelle. 

On classe les addictions en deux catégories.  

  1. Les substances psychoactives
  • réglementées, comme le tabac, l’alcool, 
  • illicites, comme le cannabis, la cocaïne, le crack…
  • celles détournées de leur usage comme les médicaments, les colles ou autres produits solvants… 
  1. Les pratiques diverses, dites addictions comportementales
  • jeux d’argent ou vidéo,
  • réseaux sociaux, 
  • achats compulsifs, 
  • sexe, 
  • sport… 

Il convient à ce stade de dire que toutes les consommations ne sont pas des addictions pures et dures : il y a une grande différence entre une habitude, même mauvaise, une compulsion et une vraie dépendance. 

Il est souvent difficile pour une personne d’admettre qu’elle est addict, dépendante. 

Laurent Karila, psychiatre spécialisé en addictologie, a donc conceptualisé une méthode pour favoriser le repérage et sortir du déni : les 5C

Il s’agit d’un outil de prise de conscience, pas un diagnostic.

5C est un moyen mnémotechnique de se rappeler les 5 attitudes constituantes d’une addiction : 

  • Consommation (Craving) : l’envie irrépressible de consommer
  • Contrôle : la difficulté à se limiter 
  • Compulsion : le passage à l’acte malgré la volonté de ne pas le faire
  • Conséquences : le constat des effets négatifs de la consommation sur la santé, l’environnement et les relations interpersonnelles
  • Continuité : la répétition malgré les conséquences

Gérer les émotions pour sortir de la dépendance

L’image de la marmite sur le feu permet de bien se figurer le lien entre émotion et compulsion. Lorsque les événements de la vie soufflent sur le feu, les émotions débordent et le couvercle saute : la personne consomme pour s’apaiser. Le cerveau enregistre ce comportement comme mode de fonctionnement, même s’il sait que ce n’est pas la bonne solution. Le circuit émotionnel prend la main sur la raison : c’est pourquoi il est difficile d’arrêter. 

Universellement, savoir gérer ses émotions est une compétence-clé de l’équilibre et du bien-être. L’intelligence émotionnelle repose sur 5 points : 

  • reconnaître et nommer l’émotion,
  • comprendre ce qu’elle signifie en termes de besoin,
  • être en capacité de la réguler,
  • pouvoir communiquer son besoin dans un cadre respectueux de soi et des autres,
  • savoir utiliser les émotions pour ce qu’elles sont : des guides. 

Pour les personnes qui souffrent d’une dépendance, l’apprentissage émotionnel est un pas de géant vers leur après. 

L’aide d’un professionnel permet d’identifier ce qui déclenche la consommation et de mettre en place une approche comportementale et émotionnelle sur mesure, bienveillante et réaliste. 

Différentes techniques ont fait leurs preuves pour revenir au calme, au corps et à l’instant présent. Elles permettent d’apprivoiser une émotion inconfortable, de casser les automatismes destructeurs et de prévenir la rechute. 

Ancienne infirmière formée en addictologie, j’accompagne la prise en charge des addictions avec des thérapies psychocorporelles, cognitives et comportementales

La sophrologie agit sur le corps et l’esprit grâce à des exercices qui combinent visualisations positives et relâchement musculaire. L’état de tension en lien avec le comportement addictif est neutralisé et la personne discerne mieux ce dont elle a véritablement besoin. 

Les thérapies cognitives et comportementales (TCC 3e vague) sont des outils récents qui supportent l’aspect psychologique et émotionnel. La personne modifie son comportement et change de regard sur ses schémas internes

À cette fin, le protocole MBRP apporte une maîtrise et une compréhension du corps et des pensées. La pleine conscience enraye les automatismes et facilite la prévention des rechutes

Ces thérapies apportent un soutien et agissent sur toute la symptomatologie inhérente aux dépendances : colère, stress, fatigue, nervosité, estime de soi… 

La régulation émotionnelle est la clé qui permet d’apprivoiser son essence profonde et de redevenir acteur de sa vie. Cette pacification avec soi-même est la principale étape pour dire au revoir à ses démons intérieurs. Si vous ressentez le besoin d’en parler, je vous apporte mon écoute professionnelle et le cadre sécurisant du cabinet.